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Dernier billet d’un alternant trentenaire – épilogue et aurevoir

  • 7 avr. 2025
  • 4 min de lecture

Bonjour à tous, c'est Nico. Je ne sais pas vraiment comment commencer ce billet, déjà en retard de deux ans... alors… voilà.


Ce journal, je l’ai ouvert à une époque où je croyais que mon chemin était tracé. J’avais 35 ans, jeune homme au chômage en pleine pandémie, un peu égaré dans des certitudes qui n’étaient pas tout à fait les miennes. Je croyais qu’il suffisait de suivre la ligne droite : un métier stable, même s’il ne me ressemblait pas ; des horaires, une routine, un peu d’abnégation – rien d’héroïque, juste ce qu’il faut pour “assurer”.


Et puis il y a eu l’enfant. Ma fille. Cette petite lumière imprévisible qui rebat toutes les cartes. J’ai commencé mes journées à 6h30, les ai finies à une heure du matin, entre les couches, les devoirs de Master, les biberons et les lessives. J’ai tenu un journal entre deux silences, entre deux tétées, entre deux doutes. Non pas pour me plaindre, mais pour me souvenir. Tenir ce blog a été une gageure, oui – mais surtout un ancrage. Une façon de garder un fil, d’attraper quelque chose de vrai dans la tempête du quotidien.


Je veux être honnête : les silences de ces derniers mois, depuis la fin du Master, n’étaient pas un choix. Le journal m’a manqué. Mettre des mots sur le quotidien, sur les petites victoires, sur les peurs du lendemain… tout cela m’a manqué. Ce journal m’a vu devenir un autre homme. Et aujourd’hui, en le refermant, je sens déjà le vide qu’il laissera. Ce n’est pas un adieu. C’est un remerciement.


Je pense à toi, le jeune marié de 25 ans que j’étais. Celui qui ne savait pas encore que l’on pouvait, par le travail et l’amour, déplacer ses propres montagnes. Je voudrais lui dire : tu y arriveras. Tu ne deviendras pas quelqu’un d’autre, mais tu deviendras plus toi-même. Tu n’aimeras toujours pas te mettre en avant. Tu continueras à douter. À te demander si tu mérites vraiment ta place. Mais tu apprendras à marcher avec ça, à en faire un compagnon plutôt qu’un frein.


Tu ne t’en débarrasseras pas, non. Le syndrome de l’imposteur, ce vieux colocataire silencieux, restera dans un coin de ta tête. Mais un jour, tu t’entendras dire à ta fille : “Tu peux faire ce que tu veux, si tu y crois, si tu travailles, si tu restes toi-même.” Et tu comprendras que ce n’est pas du vent. Parce que tu l’auras fait. Parce qu’après l’alternance, tu auras décroché un doctorat. Parce que tu auras osé demander une bourse, et qu’on te l’aura accordée. Parce que tout ce qui te semblait hors de portée ne l’était pas. Il fallait juste un peu plus de souffle.


Je ne peux pas écrire cet épilogue sans penser à ceux qui m’ont porté. D’abord ma famille. Ma femme, pilier sans lequel rien ne tient debout. Ma fille, boussole du cœur. Mon fils, qui arrive, et qui m’apprend déjà la patience dans l’attente. Ma mère, mes sœurs – les racines et la raison. Et puis, il y a les amis : mon groupe de musique, qui m’a souvent permis de respirer quand tout semblait trop étroit. Mes camarades de Master, complices d’une aventure improbable. Et mes enseignants, dont l’exigence a été un cadeau, même quand je la prenais comme un poids, et dont la passion de transmettre m’a mis sur la voie qui est aujourd’hui la mienne


Ce billet est aussi un hommage. À la camaraderie de salle de classe, aux moments de doute partagés, aux cafés froids bus en courant. Je me souviens du dernier jour. Du vide en rentrant chez moi. De ces larmes dans la voiture, à mi-chemin entre la fierté et la détresse. Je me souviens de la remise de diplôme, de ces retrouvailles à demi incomplètes, mais tellement pleines. Je me souviens du jour où j’ai été admis en doctorat. Le silence après l’euphorie. Ce moment-là, il était à moi.


Je pense aussi à mes collègues de travail. Ceux que l’on voit plus que sa propre famille certains jours. Ceux avec qui j’ai partagé des cafés sans âme, des déjeuners volés à la montre, des pique-niques salvateurs, des discussions vibrantes dans le coin fumeur, des soupirs au fond de nos bureaux. Ceux qui m’ont tendu une parole quand je baissais les bras. Qui ont cru en moi quand je n’y arrivais plus, quand je me pensais trop lent, trop à côté, trop “pas fait pour ça”. Ils m’ont vu intelligent les jours où je me croyais bête. Ils m’ont offert des rires sans défense, des épaules solides, des regards pleins de complicité. Des blagues et des piques pour que je garde les pieds sur terre. Ils ont fait du quotidien un lieu un peu plus doux, un peu plus vivable. Ils m’ont fait avancer sans le savoir. À vous aussi, merci.


Aujourd’hui, je suis un mari. Un père. Un futur père. Un adulte qui ne sait pas tout, mais un peu plus chaque jour. Qui sait ce qu’il veut transmettre : un exemple, imparfait mais sincère. Je ne suis plus seul. Et même si je reste dur avec moi-même, je suis plus doux avec l’enfant que j’ai été. J’ai appris que le passé n’est pas une excuse, mais une source d’inspiration et de volonté. Que l’on peut être blessé, mettre un genou à terre et se relever, et transmettre quand même. Aimer, quand même. Créer, malgré tout.


Si je devais laisser un mot ici, le dernier, ce serait celui-ci : c’est possible. Parfois lent, parfois bancal, mais faisable. Par le travail. Par la présence des autres. Par cette volonté discrète qui pousse à faire un pas de plus quand tout semble flou. Ce n’est pas un chemin réservé à quelques-uns. C’est un sentier qui existe, parce qu’on a marché dessus. Alors, à vous qui lisez ces lignes, avec ou sans enfant, avec ou sans repère : pourquoi pas vous ?


Au revoir, cher journal. Une nouvelle vie commence. Merci à ceux qui m’ont lu, s’il y en a. J’espère que ces mots, à défaut de vous avoir inspiré des lendemains chantants, auront su vous toucher, ou tout du moins vous atteindre.


Je n’arrêterai pas d’écrire, mais plus sous cette forme. Aujourd’hui, l’alternant n’est plus. Le doctorant prend place.


Alors à bientôt, les amis. Prenez toujours soin de vous et de vos proches. Nous nous reverrons.


Nicolas

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