La bande originale de la vie
- 14 juil. 2021
- 9 min de lecture
Bonjour à tous, c'est Nico. J'espère que tout le monde va bien, nous sommes le 15 Juillet 2021, hier après avoir regardé le défilé, je n'avais pas d'obligations pour l'après-midi, il était donc temps de rédiger un nouvel article dans le journal. Et vu le temps écoulé depuis le dernier accrochez-vous, car il risque d'être long. Aujourd'hui nous allons encore faire des métaphores musicales.
J'écris donc ces lignes à mon bureau avec chroniques, vulgarisations et conférences TED comme fond sonore. Oui je sais, je sais...ça fait longtemps. En fait j'ai des tonnes d'idées, j'ai des kilomètres de mots qui me trottent dans la tête et...pas moyen de les aligner, un beau syndrome de la partition blanche en bonne et due forme, aussi long que mes cheveux (oui maintenant j'ai les cheveux longs et non vous n'aurez pas encore de photo car je suis toujours dans la période coupe de douille incoiffable) ou qu'un silence. C'est quand même un comble pour quelqu'un avec un bagou comme le mien et qui ne sait pas se taire, que de ne pas réussir à s'exprimer...bref. Je vais vous raconter un peu ce qu'il s'est passé ces derniers temps et on va commencer par les nouvelles.
Ma femme se porte bien et ma petite fille (oui c'est une fille !) également même si elle danse beaucoup dans le ventre de maman ce qui n'est pas très confortable pour elle (mais elle me dit qu'elle adore ça), nous attendons son arrivée avec impatience, aujourd'hui ce sera l'échographie du troisième trimestre, l'occasion de voir sa petite bouille en 3D. Nous allons enfin savoir si elle aura le vilain nez de son papa (celui qui attirait les beignes au karaté et au rugby), en attendant je prépare sa chambre dans le peu de temps libre qu'il me reste avant les vacances, encore un peu de peinture et du montage de meubles et on y est. Mais il y a également eu une mauvaise nouvelle. Notre petit Gribouille nous a quittés au mois d'avril, il était fatigué comme son cœur, il a été frappé par sa maladie subitement (nous le savions car le vétérinaire ne nous avait pas caché ce qui se passerait à la fin) et est décédé dans la journée de l'apparition de ses symptômes, il aurait eu dix ans le 13 Juillet, il nous manque beaucoup.
Du point de vue des études, il y a également eu des changements. Au jour où j'écris ces lignes j'ai validé les projets 1 à 7 et je suis en train de finaliser mon projet 8 soit le dernier avant mon diplôme. Je passe donc ma dernière soutenance le 24 Juillet 2021 avant le jury final et mon titre RNCP. A ce moment-là, je serais (du moins je l'espère) ingénieur pédagogique diplômé. Je ne sais pas si c'est l'arrivée imminente de ma fille qui m'a mis le feu aux fesses où l'envie voir le besoin de faire mes preuves (avant tout envers moi-même), mais j'ai récemment pris une décision. Ce titre n'est pas une fin en soi pour moi, cette année m'a permis de redécouvrir une véritable vocation, l'envie de transmettre ma curiosité, mes quelques bribes de savoir et de raconter des histoires. J'ai donc fait acte de candidature, pour entrer en Master 2 Science de l'éducation. Après un parcours du combattant pour justifier de mon admissibilité, ma candidature a été rejetée, mais seulement partiellement, j'ai été admis en Master 1. Je vais donc devoir faire deux années d'études supplémentaires, et là c'est un dilemme qui se pose, je vais bientôt être papa et faire deux années de cours en plus, à 35 ans, avec un enfant en bas âge sera un défi supplémentaire. Même en les faisant en alternance avec Atlas, comme proposé par Erwan qui a gentiment manifesté son envie de me garder dans l'équipe. La décision a été vite prise, car en étant tout à fait honnête avec moi-même et avec vous, je sais pertinemment que si j'arrête maintenant ce sera définitif, je n'aurais plus le courage de m'y remettre. Après en avoir longuement parlé avec ma femme (qui est la première concernée car je serais tout aussi pris que cette année) et sollicité les avis de mes proches, j'ai donc validé le vœu proposé et rempli mon dossier administratif pour être à nouveau étudiant jusqu'en 2023, à moi de tenir la distance.
La vie suit son cours, un peu comme une partition. Une grande symphonie faite de mouvements différents, des moments rapides et énergiques, de passages lents et lancinants, un mélange de mélancolie, de tristesse, de joie et d'amour ; des temps anecdotiques et risibles. Dans les petites anecdotes, je peux vous citer le fait que j'ai donné mon dernier cours de l'année (scolaire) mardi. Et franchement, cela me fait un peu bizarre de me dire que je ne reprendrai qu'en septembre, j'ai pris énormément de plaisir à enseigner, à apprendre et à apprendre à connaître toutes les personnes que j'ai pu rencontrer cette année, même brièvement. Je continue évidemment dans cet intervalle à travailler sur la création de cursus, de supports et sur l'ingénierie de formation. D'un autre côté, après une année riche en expériences, plus de quatre cents heures de cours données et plus de trois cents heures de cours prises, sans compter la partie ingénierie et toutes mes activités extraprofessionnelles, j'avoue que les vacances vont me faire du bien. Ce qui ne veut bien entendu pas dire que je ne vais pas passer une grande partie de ces vacances à lire les livres de pédagogie, neurosciences, intelligence émotionnelle et psychologie cognitive qui s'empilent sur mon chevet.
Récemment une vidéo publiée sur Youtube, une vidéo que j'attendais de voir dans les bonnes conditions, m'a rappelé si besoin était, le goût de mon nouveau métier. Il s'agit de celle-ci :
Deux personnes que j'apprécie au plus haut point, deux vulgarisateurs qui confinent à deux pans différents de ma vie. Je ne vais pas présenter celui qui est mon modèle, presque une idole et qui je pense en est une pour beaucoup de personnes, j'ai nommé Jamy Gourmaud. Nous sommes nombreux à avoir grandi avec "C'est pas sorcier" et pour ne rien vous cacher j'ai toujours préféré Jamy à Fred. Sans rien retirer à son travail qui, tout au long de l'émission a été aussi efficace qu'instructif, je lui ai toujours préféré le côté nounours Prof de Jamy avec ses lunettes, ses maquettes et un timbre de voix et une diction qui donne envie de l'écouter. Si j'ai eu l'honneur de rencontrer dans le passé une autre grande figure de la vulgarisation en France lorsque mon lycée a participé au trophée E=M6, à savoir Mac Lesggy, je suis toujours dans l'attente d'une occasion de rencontrer Jamy en Auvergne et de lui dire (comme sans doute des milliers d'autres) à quel point son émission a changé mon regard et à terme ma vie avec cette reconversion. Et enfin Bruce Benamran, le fameux créateur d'e-penser, dont la chaîne est dans mes favoris quasiment depuis sa création et ses toutes premières vidéos et dont l'intégral (je n'ai pas encore son dernier livre, c'est un roman donc ça ne comptera qu'en loisir, mais c'est Bruce donc il y aura sans doute des choses à apprendre) figure également sur ma table de chevet. Informaticien devenu vulgarisateur à 36 ans avec la volonté de transmettre et raconter des histoires...tout cela me semble familier, mais avec 8 ans de retard. Avec sa bonhomie, un sens de l'humour pointu et efficace, une connaissance presque innée de la pédagogie dès ses premières vidéos et sa façon qui semble si naturelle de raconter et d'expliquer des notions toujours plus complexes ; Bruce est l'exemple de ce que je voudrais devenir, simplement un bon vulgarisateur passionné. Et oui, je suis un fan boy, et non je n'ai pas honte de savoir que je serais juste une vulgaire groupie bégayante si je devais enfin les rencontrer en personne.
Le principe de cette émission est vraiment extra, la rencontre entre deux acteurs de la transmission des savoirs et leur discussion autour de leur parcours et de leur métier. Comme ils le disent eux-mêmes au cours de leur entretien, "le sel du métier" c'est avant tout d'apprendre, la curiosité toute bête. Avant de pouvoir expliquer, il faut avoir compris ce que l'on explique et surtout ne pas essayer de dépasser ses propres limites en expliquant quelque chose que l'on ne comprend pas tout à fait, ne pas avoir peur de dire je ne sais pas (c'est ce qui est le plus compliqué) et toujours chercher à en apprendre plus. J'adore la façon qu'à Bruce de présenter son concept, sa recette, il n'estime pas être particulièrement intelligent (tout juste un peu plus curieux que la moyenne) et part du principe que s'il a pu comprendre quelque chose, n'importe qui le peut. Je peux me reconnaître dans cette définition, et si certaines personnes que j'ai formées sont dans le coin, elles vous le diront, ma marotte c'est que n'importe qui peut apprendre n'importe quoi. Ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une simple question de curiosité et d'implication. Et c'est au formateur, à l'enseignant et au pédagogue d'insuffler cette volonté et cette curiosité, c'est une des bases de notre métier, pousser les gens à aller plus loin, leur donner envie de persévérer, de continuer à apprendre. De composer leur propre mélodie.
Leur idée et leur respect du métier de professeur sont également très justes, la sagesse qu'ils ont, de reconnaître les différences entre les façons d'enseigner et l'humilité qu'ils ont, de penser qu'ils ne seraient pas de bons professeurs au sens premier du terme (bien qu'en tant que fan j'ai un doute sur ce point). Ce qui me ramène à un de mes démons du moment, si j'aime à penser que je peux considérer mon travail comme celui d'un enseignant, j'ai toujours dans un coin de ma tête ce petit démon qui me dit que je n'en ai pas le "titre officiel" et que ce serait d'une certaine manière une usurpation. Les mots ont un sens et en pédagogie on aime à nommer les choses mais aussi (à mon grand regret) à les séparer. Le bref épisode que j'ai écrit sur l'andragogie (qui pour moi est une sorte de non-sens) en est un exemple typique. C'est donc un nouveau dilemme moral et aussi un peu éthique sur le fond. Est-ce que le fait de donner des cours tout au long de l'année fait de moi un enseignant ? Fondamentalement qu'est-ce qui fait un enseignant ? D'après le dictionnaire, un enseignant est la personne qui fait apprendre un art ou science à une personne ou à un groupe de personnes en lui donnant des cours. Or cette définition est toujours renvoyée à l'éducation nationale. Si le terme professeur semble réservé à ceux qui donnent des cours dans le cadre des cycles primaires, secondaires et universitaires, si celui de formateur semble exclusivement rattaché à la fonction et à la formation professionnelle, celui d'enseignant semble être plus généraliste. Alors que je suis aujourd'hui formateur par définition (j'ai une formation de formateur et une partie de mon travail est de faire monter les personnes en compétences professionnelles), puis-je également dire que je suis enseignant ? Si j'arrive à boucler mes études et à obtenir mon Master pourrais-je à ce moment-là penser être un enseignant ? Serais-je jamais un professeur (ce que je considérerais comme un honneur, malgré ce que je peux penser de l'Education Nationale) ?
Autant de petites questions qui ponctuent mon quotidien parmi beaucoup d'autres, des pizzicati de violons qui viennent piquer ma mélodie et me forcent à toujours me remettre en question, autant que ma pratique de la pédagogie. Si vous lisez mes articles vous aurez compris que la bande-son originale de ma vie est composée de dizaines de morceaux qui semblent dissonants mis bout à bout mais qui pris dans leur ensemble forment un moment musical dont les tensions n'appellent qu'à une résolution que je n'ai pas encore trouvée. Mais est-on capable de la trouver un jour ? Même si je parviens à obtenir mon diplôme et celui d'après aurais-je jamais fini d'apprendre ? La réponse est simple et c'est non. Dans cette BO vous trouverez donc beaucoup de génériques chers à mon cœur, dont ceux de "C'est pas sorcier", "E-penser" ; les "Epicurieux" ou encore "Il était une fois la vie" ou "Les découvreurs" et pour mon plus grand bonheur ils ont tous un point commun, un petit côté un peu décalé, comme moi. Et cette bande j'espère bien pouvoir la faire écouter à ma fille et pouvoir lui faire comprendre un jour sa composition.
Alors Bruce, Jamy, si jamais vous lisez un jour ceci, merci pour tout ce que vous avez pu m'apporter personnellement et ce que vous apportez aux autres depuis autant d'années, en vous souhaitant que cela puisse continuer aussi longtemps que vous le voudrez. Et vous me pardonnerez de vous paraphraser, mais en cette période compliquée et dans un temps ou l'accès à l'information, mais surtout à la mésinformation voire à la désinformation est aussi simple qu'un clic sur un bouton ; il est toujours aussi essentiel d'être épicurieux et de prendre le temps d'e-penser.
J'espère que cette lecture vous aura plu, prenez soin de vous et de vos proches.
A bientôt.
Nicolas



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