Des mois, des émois et nous…
- 7 févr. 2021
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Bonjour à tous, c'est Nico. On continue notre série sur les passions qui va bientôt s'achever avec encore un article et une vidéo sur le fameux gros sujet, mais d'abord passionnons-nous pour la plus importante de toute. Si le cœur a ses raisons, avons-nous raison de notre cœur ? La réponse est non, et la raison en est simple...la musique. Je vous invite donc à écouter les morceaux que je vous partage pour mieux apprécier l'ambiance.
C'est un des sujets les plus durs sur lesquels j'ai eu à écrire...Jusqu'où je dois aller ? Qu'est-ce qui est de l'ordre du trop ? Du trop personnel ? Si j'omet les aspects les plus profonds, les sentiments les plus cachés, est-ce que vous pourrez comprendre ? Je vais essayer de trouver un bon compromis entre tous ces aspects.
Je suis une éponge à sentiments, tôt dans ma vie d'enfant je me suis rendu compte qu'au-delà de compatir avec les autres, leurs situations et leurs sentiments avaient un impact fort chez moi. Je suis empathique...et pas qu'un peu. Depuis tout jeune certains films sont des tires larmes (merci L'Ours, ou Frank Darabont qui a réalisé les deux pires pour moi, Les évadés et La ligne verte), et je n'ai pas honte qu'elles me viennent assez facilement. C'est une combinaison de facteurs, mais disons que ce qui a tendance à plus me faire pleurer c'est la musique, certaines musiques sont si belles et me parlent si bien, que les larmes me viennent spontanément et de manière incontrôlée. Un des exemples les plus récents étant le score du film The Imitation Game par Alexandre Desplat.
Ces mélodies si mélancoliques et porteuses d'espoir à la fois, qu'elles me replongent dans le sujet de fond qui nous préoccupe depuis 3 articles maintenant, mais avec douceur, presque avec tendresse. Des mauvais souvenirs certes mais vus de loin et avec des remords, un soupçon de soulagement, et sans regrets.
Alors où cette débauche de sentiments nous mène-t-elle ? Au début, nulle part évidemment. Un gamin qui chante en se dandinant sur la balançoire, seul dans le jardin le soir. Il chante des mélodies qui ne veulent rien dire, à faire pleurer un maître du contrepoint. Des paroles qui ne sont pas harmonieuses, qui ne riment pas, qui ne respectent aucune métrique. Mais c'est la mélodie de son cœur, ce sont les paroles du fond de son âme, d'une manière que seul un enfant peut utiliser. C'est franc, c'est maladroit, et ça peut être brutal parfois, sans dessein, juste vrai. Je n'aime pas la musique, je n'adore pas la musique, la musique c'est une partie de ma vie. C'est plus qu'une passion, j'écris, je compose depuis très longtemps, des chansons, des musiques que personne n'écoutera, ou presque. Je n'ai jamais vécu sans, je ne pourrais jamais vivre sans. Ce sont les chansons de mes parents, celles de mes sœurs, celles de la radio dans la voiture. Je n'ai pas de sensibilité musicale encore à cet âge, mais une chose est sûre, elle est déjà là, quelque part, elle se cache. Entre Henri Dès, Steve Waring et Anne Sylvestre. Le matou revient.
Au début du collège, tout se corse. Depuis la fin de la primaire, la notion de différence devient un handicap, un de ceux qui ne se voit pas mais qui se sait. Cela fait déjà le tour de l'école que je suis bizarre. On se moque un peu, mais ce n'est pas bien méchant. Je suis buté et je ne travaille que ce qui me plaît, mes résultats sont donc limites dans certaines matières que "je n'aime pas", je me débrouille pour être à peine moyen, tout en ne faisant que ce que je veux bien faire. Et dans les différences, la musique en est une nouvelle. Ce que j'aime c'est un peu de tout, mais à ce moment précis, j'écoute du folk et du classique. Déjà je me rends compte que j'aime les mélodies ciselées, les harmonies, mais pas seulement, j'aime que les textes me parlent. Et si l'air et les paroles se marient dans ma tête, alors les larmes arrivent. Comme avec une de mes chansons préférées de cette époque (merci maman). Sad Lisa de Cat Stevens.
Un piano seul, une voix, qui raconte l'histoire d'une personne triste. Est-ce que j'ai besoin d'expliquer en quoi ça pouvait me parler ? Quand l'air, l'orchestration, la façon de chanter racontent l'histoire, qu'on n'a pas besoin de comprendre les paroles pour en saisir le principal.
Adieu donc le petit microcosme à peine inconfortable des bancs de la primaire et bonjour la fourmilière froide et inconfortable du collège, et un bouleversement. Un changement drastique, le moment où l'on devient un pré-ado avec comme résultat une première tentative d'affirmation de soi. L'embryon d'une côte de popularité, et qu'ils sont nombreux ces garçons et ces filles populaires. C'est aussi le moment où ce qui commence à être un émoi plus sérieux, un petit début timide de sentiment amoureux, commence à naître. C'est pour tout le monde pareil n'est-ce pas ? Pas tout à fait. Le différent, le bizarre, l'original, est devenu la bête curieuse, puis progressivement les noms d'oiseaux se multiplient, plus on est "original" dans sa façon de me traiter et plus on est populaire. La bête c'est moi...toujours un gringalet, mal coiffé, avec ses tenues vestimentaires improbables, qui s'exprime bizarrement, qui n'a pas les mêmes sujets de conversation, je suis anormal. Et ça, ça plaît aux autres, mais pas de la bonne manière. Avouons-le, c'est plaisant de voir ses défauts s'effacer au profit de ceux des autres que l'on juge plus grands et je suis le client idéal pour cela. A ce moment tout le monde a eu une copine au collège, même juste une fois au détour d'un couloir...mais non. Comment expliquer à une jeune fille qu'elle nous plaît, quand le simple fait de m'adresser la parole ramène sur soi les moqueries ? Alors j'essaie d'attirer l'attention différemment, je suis soit invisible, soit trop visible, la visibilité d'une victime désignée et facile car je ne répond pas, je ne dis rien...jamais. Vous vous doutez bien de ce qui va arriver par la suite, cette tentative désespérée d'attirer l'attention va bien l'attirer, faire de ma vie un nouveau cercle de l'enfer de Dante, ce que je ne pouvais pas imaginer. Je sais d'ores et déjà que je n'aurais pas de petite amie. Au mieux un semblant d'amitié lointaine, c'est toujours mieux que l'inimitié n'est-ce pas ? Mais pas assez pour faire passer le calvaire des journées qui se suivent et ne se ressemblent que trop. Les cours m'intéressent un peu plus, mais j'ai du mal à les suivre. J'ai bien quelques personnes autour de moi et c'est la seul raison pour laquelle je ne plonge pas complètement, mais tout le reste est à la limite du supportable. Je commencerai à en parler à ma famille timidement à la fin du collège, il faudra attendre ma vie d'adulte pour que mes proches prennent la véritable mesure de ce que cela a pu représenter. A ce moment, une chanson inattendue. Une chanson qui détonne et dénote dans mon univers, elle passe souvent à la radio, ma famille n'aime pas vraiment, mais ces chœurs, cette façon de chanter. Gangsta's Paradise de Coolio.
Le lycée, une petite bouffée d'air. Tout est encore plus grand, donc noyé dans le lot, mes bourreaux n'existent plus pour moi, je veux les ignorer. Beaucoup ne sont pas dans le même lycée et ça m'arrange, ceux qui se réclament de leur héritage m'indiffèrent au plus haut point. Ils se pensent peut-être meilleurs, ils ont sans doute raison mais je décide de mettre les points sur les i, plus jamais ! C'est une mauvaise décision, qui va m'amener à me battre dès mon entrée en seconde. Sur le coup, je suis fier, aujourd'hui j'ai honte. Heureusement pour moi, personne n'aura vent de cette bagarre ni mes parents, ni mes entraîneurs. Mais j'ai répondu, je peux essayer d'être quelqu'un, après tout on est plus nombreux, il doit y en avoir d'autres comme moi. Et il y en a, un petit groupe se forme. Un groupe hors du commun, des personnes qui ne ressemblent à aucune autre. Entre nous on ne juge pas, on s'amuse simplement, on passe du temps ensemble…A nos amis de Luke.
Tout est fini alors ? Non...loin de là. A force de me cacher de tous, j'ai fini par me cacher de moi-même. Je ne sais pas comment c'est arrivé mais je commence à me rendre compte que je ne sais plus qui je suis. Pour éviter que tout recommence, j'ai mis un masque ; un masque si grand, si solide, que je mettrai plus d'une décennie à le retirer. La seule chose réelle chez moi, c'est l'empathie, je n'aime pas que les gens souffrent. Je suis devenu un nounours, je rend toujours service, je suis toujours là pour prendre soin des autres. Sous mes apparences de grosse peluche extravertie, personne ne peut s'imaginer que j'aurais besoin d'aide aussi, et parce que je suis persuadé que ce serait la pire des faiblesses...je ne la demanderai pas. Le côté doudou gentil me rend populaire, mais rien qui ne puisse aller au-delà de quelques semaines. Le problème est que j'ai tellement manqué de tout, d'attention, de sympathie, d'amitié, de tendresse...que je ne sais pas comment faire, je n'aime pas à moitié, je suis trop attentionné...trop tout. J'ai 5 ans de retard et malheureusement toutes les erreurs que j'ai évitées en étant seul, je vais les reproduire. Presque toutes. Et pendant ce temps je découvre l'artiste qui est encore pour moi aujourd'hui mon rockeur préféré, une brute avec un cœur énorme, un écorché vif avec un talent fou et sens de l'humour ravageur, Dave Grohl. Times like these des Foo Fighters.
A la fin du lycée je me rends compte que je ne suis pas plus qu'un fantôme, je suis présent mais je ne suis pas là. Je ris dehors, je pleure encore à l'intérieur. Et quand les choses vont un peu mieux, je plonge inexorablement...la façade se craquèle et quand je sens que je pars trop loin...je m'en vais tout simplement. Sans rien dire. Je m'éclipse aussi discrètement que possible et je pars en marchant sans me retourner. Et c'est là l'inexorable paradoxe que j'ai créé, pour résoudre cette situation je dois en parler. Mais je ne peux pas, je n'y arrive pas, je n'en ai simplement pas la force. Pour moi, en parler signifierait immanquablement retourner à cette époque maudite que je souhaite oublier. De toutes mes forces. Alors comme je n'affronte pas la situation je me cache, je m'enfuis, je cours de toutes mes forces dans la direction opposée. Je conserve bien vissé sur ce qu'il reste de mon visage ce masque que je crois avoir mis pour mon bien. Dont je pense faussement qu'il me protège. Et dans ces moments c'est toujours la même musique pour moi. Une violente tempête intérieure qui cache une douceur que personne ne doit voir. The Islander de Nightwish.
Et puis un jour, une nouvelle journée perdue, dans un quotidien où plus grand chose ne s'accorde, dans une vie où plus grand chose n'a de couleur, pas même le ciel. Je me rend, sans trop de conviction, dans un cours de littérature de jeunesse. Et je vois arriver une jeune fille. Elle est belle, de là où je suis il émane d'elle une aura qui la fait ressortir des 300 autres élèves de cet amphithéâtre, du fond de cette faille sans fin au bord de laquelle je me retrouve. Elle monte de plus en plus...je n'ai même pas remarqué absorbé que je suis, que ma voisine (que je ne connais pas) lui fait signe de monter avec nous, elle s'installe à côté de moi. Un bus en retard. Voilà ce qui a fait toute la différence, un simple retard sur une des nombreuses lignes de la ville de Clermont-Ferrand, quelques minutes. On discute, on sympathise malgré ma maladresse. Elle me plaît, je suis en nage, je ne sais pas quoi dire, je suis complètement perdu et ça ce sent. On échange nos numéros, on s'envoie des messages innocents. On mange ensemble quelques fois le midi dans le parc, on s'accompagne en cours. Et la semaine suivante, à la fin du même cours de littérature, on s'embrasse pour la première fois pour se dire aurevoir. C'était il y a plus de quinze ans maintenant. Time in a bottle de Jim Croce.
Et comme j'en ai déjà parlé, beaucoup de choses vont changer. La première est que cette belle jeune fille n'a aucun à priori sur moi. Avec elle, pour elle, je pense pouvoir essayer d'être moi-même. Pour la première fois depuis longtemps le masque se craquèle, se fissure, et j'ai peur. Et en même temps j'ai moins peur à ses côtés. Mais c'est une seconde peau qu'on arrache, c'est douloureux, et quand la douleur augmente, le soulagement d'en être libéré augmente tout autant. En étant simplement elle-même et en m'acceptant comme je suis, elle va faire sauter toutes les coutures d'un costume que je porte depuis si longtemps, que la peau blafarde et balafrée qui se cachait dessous aurait pu lui faire prendre ses jambes à son cou. Mais non. Elle reste, elle découvre, mes cicatrices, les brûlures au fond de mon âme, les traces indélébiles de coups superficiels répétés avec tant d'ardeur qu'ils ont fini par marquer. Et je découvre les siennes, elle porte, à peu de choses près, les mêmes que moi. Je la réconforte et m'occuper d'elle me fait me sentir mieux. Je ne me rend même pas compte qu'elle s'occupe aussi de moi car je n'ai pas l'habitude. C'est comme ça que j'ai su très tôt que c'était la bonne pour moi. Celle avec qui je suis moi-même, celle pour qui je n'ai pas à faire d'effort, ou à cacher quoique ce soit. Celle qui aime la musique comme moi. Celle qui va me permettre de devenir musicien moi-même, qui va m'accompagner, jouer avec moi, relire mes compositions, mes textes. Celle qui parle à mes anges ressuscités, afin de devenir le mien. She talks to angels des Black Crowes.
Elle a donné de la couleur à ce qui n'en avait plus, elle a redynamisé ce qui ne bougeait plus. Elle a complété ce qui a été brisé autrefois. Elle m'a rendu à moi-même, à ma famille, à mes amis. Elle a cassé la coquille pour y découvrir un petit garçon apeuré qu'elle a aidé à finir de grandir pour peut-être devenir ce qu'il a toujours voulu être...simplement un homme bien, un homme de bien. Pour les autres nous représentons souvent un couple fusionnel et passionné. Peu de gens savent, ou on compris, qu'en étant elle-même, attentionnée, impliquée, câline, elle m'a sauvé et elle m'a permis de la sauver. Evidemment que nous ne sommes pas toujours d'accord, bien-sûr que nous avons eu nos crises, il est certain que les murs tremblent des fois quand nous sommes en colère. Mais si cette colère est à la mesure de l'amour que l'on se porte, elle est bien vite oubliée quand on sait que les broutilles et les bêtises pour lesquelles on se chamaille ne vaudrons jamais plus que ce qu'on s'est offert mutuellement. La liberté, celle de vivre, de vivre bien, sans se soucier des autres, de vivre ensemble, pour ce et ceux que l'on aime. Les petits oubliés de l'école, du collège, du lycée, de la fac. Si semblables et si différents. Pour qui la vie a été remplie de mauvaises choses. Et qui remplacent ces mauvais souvenirs par ceux d'une vie retrouvée, renouvelée, auprès de personnes qui comprennent ou acceptent. Et qui donnent volontiers leur aide et leur épaule à ceux qui en ont besoin. Juste le temps d'une chanson, d'un refrain, pour faire couler ce qui doit, pour évacuer ce qui peut et simplement aimer. S'aimer soi-même, aimer son âme-sœur, aimer les autres qui en ont besoin plus que tout. Et avancer tous ensemble en prenant soin de nous. De nous tous, nous les petits héros du quotidien, par la force de nous relever, le courage d'affronter sans bouger et la sagesse d'ouvrir notre cœur. Car au-delà de toute la cacophonie ambiante, il y aura toujours une mélodie qui fera saigner votre cœur, pleurer votre âme et élever votre conscience et votre espoir en des jours meilleurs. Les plus belles mélodies arrivent toujours au moment, à l'endroit et de la personne la plus inattendue. A reason to fight de Disturbed.
Ecoutez-les, partagez-les et vibrez avec elles, car elles n'attendent que vous.
Nicolas



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